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CAVES ET BÂTIMENTS DE LA MAISON DE CHAMPAGNE JACQUESSON & FILS EN 1870
Depuis le début du creusement des caves en 1802, jusqu'en 1870, 55 892 ml de craie furent extraits du flanc du Mont-St-Michel. Tout ce déblai permit l'aménagement de rampes d'accès pour les voitures, leur permettant d'atteindre aux divers étages des bâtiments extérieurs.
La majeure partie des caves était creusée sur un seul niveau, notamment au-dessous du carré des vignes. D'autres caves se situaient sur trois niveaux au-dessous du moulin Jacquesson. Chacun pouvait les voir encore récemment en livrant des ferrailles aux Ets Roughol, avenue de Paris. L'ensemble des caves s'étendait sur 8 kilomètres.
Les trains de la Compagnie de Chemin de Fer de l'Est pouvaient pénétrer à l'intérieur des grandes galeries grâce à un raccordement de 974 m, le réseau principal avait 1 106 m de long et de nombreuses plaques tournantes à 90° permettaient l'accès aux galeries secondaires.
En entrant dans la cour par l'avenue de Paris, de chaque côté de la rampe d'accès aux niveaux supérieurs, on apercevait trois entrées de caves dont les dimensions allaient en diminuant en suivant la pente, à droite de l'entrée, la machine à vapeur et sa haute cheminée en briques rouges, un peu plus loin, la rincerie et la tonnellerie, pavée de cubes de bois pour éviter les bris des tonneaux lors de leur chargement. A gauche de la rampe d'accès, au-dessus de l'entrée des caves, se présentait le plus grand des bâtiments. Adossé à la falaise, il s'étendait sur 120 m de long et 16 m de large. Ses quatre étages étaient accessibles aux voitures par les rampes.
Au milieu du XIXe siècle, en période de vendanges, les voitures de raisin venant des vignes du Petit-Fagnières et des vignobles avoisinants, déversaient leurs chargements au troisième niveau. Une grue montait les raisins au quatrième où des ouvriers les versaient dans dix égrappoirs rangés par cinq de chaque côté du toit. Les grains, récupérés dans dix trémies, passaient entre deux rouleaux cannelés et tombaient dans dix pressoirs situés au troisième étage. Les grumes simplement éclatées laissaient couler les "vins vierges, crèmes et fleurs" destinés à l'exportation.
Puis, par pressurages successifs, Adolphe Jacquesson obtenait diverses qualités de moûts. Du premier coulait "la cuvée" puis, venaient la "première suite", la "deuxième" et la "troisième suite". Chaque qualité de moût se déversait par des canalisations en fer blanc dans les cuves du second étage. Les vins étaient ensuite tirés dans des "pièces" que des grues descendaient dans les celliers voûtés du premier étage.
Au printemps suivant, le vin était mis en bouteilles qu'on rangeait dans les tables-tas ou en d'interminables piles pour les y laisser vieillir deux, trois ou quatre ans.
De chaque côté du bâtiment principal, s'élevaient deux pavillons
tours. Celui de gauche - qui existe toujours - était surmonté d'un dôme prolongé d'une lanterne et de quatre guérites situées en angles. Cette tour servait de château d'eau. Le dôme fut détruit par un incendie à la fin du siècle dernier.
Derrière, entourant sur deux côtés le carré de vignes, des bâtiments s'étendaient sur plus de 250 m, jusqu'à la distillerie, cette autre tour carrée, crénelée et de style néo-gothique dans le goût de l'époque. Après 1882, la Société Française de Distillation qui rachètera les bâtiments, la surélèvera d'un dôme, toujours existant, bien qu'en piteux état. Cette tour en terrasse, flanquée de quatre tourelles, abritait la distillerie. Les nombreux tuyaux étaient noyés dans les murs. Une immense porte en bois fort épaisse et à cintre gothique fermait une entrée de même style.
Un escalier de pierre, encastré dans le mur du fond conduisait à une ouverture qui permettait de voir les arcades en bois des celliers à foudres.
Derrière le bâtiment des chais, Adolphe Jacquesson, très grand chasseur, avait fait bâtir une faisanderie sur deux étages. La construction en pierre était divisée en cages à cintres gothiques sur deux rangs. Quatre tourelles se trouvaient aux angles du petit bois situé derrière cette faisanderie.
Au fond du domaine, le pavillon de chasse s'élevait à 30 m de hauteur. Cette tour carrée en pierre possédait quatre étages accessibles par un escalier en colimaçon tournant autour d'un mât central. De conception nouvelle, il était
l'œuvre de M. Janicot. Une cabine de guet, située dans la seconde partie du clocher, permettait de surveiller l'ensemble des propriétés sur 360° et offrait une vue panoramique superbe.
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